Un écrivain parmi nous!

Il est venu en Tasmanie avec les "Naufragés du zoo" (TES du 8 août 2001) et aujourd'hui il publie des livres en Australie et en Europe! Voilà Zacharie, l'écrivain. Notre entretien a lieu à la terrasse ombragée d'un tea-room à Scamander.

TES: On parle beaucoup de l'écrivain et de l'exile. Avant de venir en Tasmanie, avez-vous déjà pensé à devenir écrivain?
Z: Je crois que c'est la fuite qui a déclenché quelque chose en moi. J'aurais pu rester dans ma cage et mourir lentement, mais cela s'est imposé. J'admets que sans le soutien de mes amis je n'aurais pas osé partir.
Ensuite j'étais libre et seul, face à un vide. Je devais moi-même trouver un sens à mon existence. Et j'avais besoin d'en parler, à ma manière. Voilà comment est né mon premier livre Le diable en Tasmanie.

TES: Pourriez-vous envisager une autre activité que celle d'écrivain?
Z: Pour moi écrire n'est pas un but en soi. Si je n'ai plus rien à dire, j'arrête. Parfois j'ai envie de faire de la politique, car l'état de notre planète me préoccupe. Mais comme je n'aime pas tellement me mettre en avant, ce n'est pas très réaliste. Je pourrais tout simplement me consacrer à mes légumes bio.

TES: À la fin de votre livre vous dites: "Je ne suis plus le seul diable en Tasmanie..." Comment c'est de ne plus être une attraction? On perd une part de son identité?
Z: D'être une bête de foire, je n'y tenais pas spécialement. Mais pendant quelques mois je me suis retrouvé entre deux mondes et nulle part en même temps: je n'étais plus l'animal de zoo et je n'étais pas encore celui que je suis maintenant.

TES: Entre-temps vous avez écrit des livres, vous avez retrouvé un public, si j'ose dire. Comment vivez-vous votre célébrité?
Z: Ici personne n'est au courant de ce que je fabrique dans ma petite cabane. Et j'espère que tout le monde s'en fout. Je me demande juste comment le Tasmanian Evening Star a eu le tuyau.

TES: Il ne se passe rien ici. Ce sera notre scoop de l'année! D'ailleurs j'ai entendu dire que parmi vos amis se trouve un tigre de Tasmanie, animal pourtant officiellement disparu, un certain Jim. Est-ce vrai?
Z: Vous croyez vraiment que je vais répondre à cette question? (Il rigole). Si c'était vrai, peut-être est-ce quelqu'un de timide qui a le droit de rester dans l'ombre.

TES: Bon j'ai compris, je n'insisterai pas.
Tout autre question, quelles sont vos relations avec les autres animaux du zoo?
Z: Avec ceux qui sont venus ici, il y a un lien très fort car nous avons vécu quelque chose d'important ensemble. Même avec Véronique cela va mieux depuis que nous ne sommes plus voisins. En ce qui concerne les autres, je suis retourné au zoo, lors d'une tournée, c'était étrange, distant. On s'observe mutuellement mais il y a comme un fossé entre nous.

TES: Ils ne sont pas fiers de vous?
Z: Non, ils sont plutôt surpris. Ils ne s'attendaient pas du tout à ça venant de moi. En ce qui concerne Noé, ils se sentent même un peu trahis. Mais à quoi bon parler de ça? Je ne veux pas les juger, à chacun de trouver la vie qui lui convient.

TES: La vie que vous menez maintenant vous convient-elle?
Z: Je ne peux pas me plaindre. Mais je ne suis jamais content!

TES: Et pour finir, une petite question personelle: qu'est-ce qui vous plaît le plus, ici en Tasmanie?
Z: Avant de venir ici, je n'avais jamais vu de tels nuages.